Les pires résultats PISA de l'Espagne depuis 25 ans : ce que dit PISA 2025 sur les écrans et les appareils numériques en classe

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Les pires résultats PISA de l'Espagne depuis 25 ans : ce que dit PISA 2025 sur les écrans et les appareils numériques en classe

10 septembre 2026 · 8 min de lecture

L'Espagne atteint, dans PISA 2025, certains des scores nominaux les plus bas de sa série historique, avec des baisses statistiquement significatives en Lecture et Mathématiques, tandis que le rapport mesure à nouveau la distraction due aux appareils numériques en classe, cette fois en Sciences. Cet article examine les données sans répéter le titre — il le vérifie.

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L’Espagne vient d’atteindre, dans le rapport PISA 2025 de l’OCDE, certains des scores nominaux les plus bas de sa série historique — l’OCDE elle-même parle de résultats « among the lowest ever observed in Spain » —: 477 points en Sciences, 451 en Lecture et 457 en Mathématiques. Les trois scores moyens sont inférieurs à ceux de 2022, bien qu’en Sciences cette différence ne soit pas statistiquement significative — la baisse claire et statistiquement significative se trouve en Lecture et Mathématiques. Le déclin espagnol ne naît pas de rien : les résultats montraient déjà une tendance à l’affaiblissement, en particulier depuis 2015, même si en 2022 l’Espagne était, dans l’ensemble, proche de la moyenne OCDE. Depuis 2015, le pays a perdu 45 points en Lecture et près de 30 en Mathématiques. Comme référence indicative, l’OCDE utilise vingt points comme référentiel approximatif d’une année de progression scolaire à cet âge — ce n’est pas une conversion mécanique, mais cela permet de mesurer l’ampleur : la baisse de 45 points en Lecture depuis 2015 représente plus du double de cette référence.

Ce chiffre a circulé pendant des jours comme un titre alarmiste. Nous préférons faire ce que nous faisons depuis le premier article de cette maison : ne pas le répéter, le vérifier.

Ce que l’OCDE a déjà mesuré, avec des données, pas avec de l’intuition

Le rapport lui-même apporte un indice concret sur l’un des facteurs associés à la performance : 28 % des élèves des pays de l’OCDE disent que leurs camarades — pas eux-mêmes — se distraient en utilisant des appareils numériques dans la plupart ou la totalité des cours de Sciences — en Espagne, c’est 29 % — et cette distraction est associée à une moins bonne performance dans plus des deux tiers des systèmes éducatifs évalués. L’OCDE parle d’association, pas de causalité : la conception de l’étude ne permet pas d’établir que la distraction numérique est la cause de la moindre performance, et l’OCDE elle-même signale des explications alternatives possibles.

Entre 2022 et 2025, la proportion d’élèves qui passent plus d’une heure à naviguer sur les réseaux sociaux augmente, tandis que diminue la participation à des activités créatives numériques et à la recherche pratique d’informations — un changement dans le mode d’usage, pas une démonstration que la majorité de l’usage des réseaux sociaux serait passif.

En Espagne, ce groupe obtient 16 points de moins en Sciences après l’ajustement socio-économique que l’OCDE applique dans son propre modèle — différent, il faut le dire, de l’ajustement spécifique selon le niveau ESCS que réalise l’analyse indépendante des microdonnées présentée plus bas.

Ce n’est pas une intuition morale sur « les jeunes et les écrans ». C’est un schéma mesuré, avec une méthodologie publique, reproductible par quiconque télécharge les microdonnées de l’OCDE elle-même.

Graphique en ligne : distraction due aux ressources numériques en classe de Sciences et performance en Sciences — PISA 2025, Espagne. Score moyen selon la fréquence de distraction perçue, de 'chaque cours' à 'jamais ou presque jamais', avec données brutes et ajustées selon le niveau socio-économique-culturel, et intervalles de confiance à 95 %. Les moyennes estimées suivent un schéma monotone sur tous les segments.

Analyse indépendante des microdonnées publiques de PISA 2025 (pas du rapport officiel) : moins la distraction perçue en classe de Sciences est fréquente, meilleur est le score moyen, tant dans les données brutes que dans celles ajustées selon le niveau socio-économique-culturel de la famille (lignes séparées). Les segments verticaux marquent l’intervalle de confiance à 95 % de chaque point — ce ne sont pas des données exactes sans marge, mais des estimations avec incertitude —, et l’échantillon est important (plus de 26 000 élèves espagnols dans chaque version du calcul). Les moyennes estimées suivent un schéma monotone sur tous les segments, mais mesurer cette association ne fait pas de la distraction numérique la cause démontrée de la performance — cette nuance est expliquée plus haut. Source : analyse indépendante de labs.tever.es sur le fichier public de microdonnées de l’OCDE.

Ce qu’il convient vraiment d’examiner à la loupe avant de répéter un titre

Le déclin espagnol n’est pas un phénomène isolé, mais il n’est pas non plus aussi linéaire que ce qu’ont laissé entendre certains titres : en 2022, l’Espagne était, dans l’ensemble, proche de la moyenne OCDE dans les trois compétences — pas en dessous dans les trois, comme cela a été dit à certaines occasions. La véritable tendance à l’affaiblissement est antérieure, en particulier depuis 2015, et une bonne partie de l’Europe occidentale recule dans ce même cycle. Il convient de ne pas confondre « l’Espagne chute » avec « le monde entier s’effondre de la même façon » : ce sont des phénomènes liés, mais non identiques, et certains titres ont sauté cette nuance pour vendre plus d’alarme que ce que la donnée elle-même soutient.

L’exclusion d’échantillon que presque personne n’a bien expliquée

Il existe une seconde découverte, moins citée dans la couverture générale, qui exige la même discipline que nous appliquons à toute donnée que nous traitons dans cette maison : la Catalogne a eu un taux officiel d’exclusion de 23,2 % ; 591 élèves ont été exclus du test, plus de quatre fois la norme technique de 5 %. La répartition officielle de l’exclusion distingue trois catégories : 6 pour handicap physique, 493 pour handicap cognitif, comportemental ou émotionnel, et 92 pour maîtrise insuffisante de la langue du test. Selon des informations ultérieures sur l’enquête relative à l’incidence — qui ne fait pas partie de la donnée principale de l’OCDE —, seuls 5 établissements respectaient le seuil de 5 % recommandé et une dizaine dépassaient les 40 % d’exclusion.

La conséquence est nette : les résultats catalans ne doivent pas être utilisés pour des comparaisons territoriales ni historiques, l’OCDE précisant que ces données « ne correspondent qu’aux élèves évalués, pas à l’ensemble des élèves ». Le prochain cycle ordinaire où la Catalogne pourrait retrouver un résultat comparable est PISA 2029. D’autres communautés à forte exclusion apparaissent également avec des nuances — Murcie (12,7 %, avec une note de prudence pour un possible biais à la hausse) — et les Baléares (7,5 %), contre 7,9 % d’exclusion pour l’Espagne dans son ensemble.

Cette donnée compte ici par contraste direct : les Asturies ont le score le plus élevé d’Espagne en Lecture parmi les communautés aux résultats comparables, avec 471 points — vingt au-dessus de la moyenne espagnole —, en plus de 492 en Sciences, 469 en Mathématiques et de dominer les Sciences environnementales avec 495 points. La comparaison méthodologique est importante : les Asturies ont eu un taux d’exclusion de 2,07 % (1 798 élèves de 56 établissements), dans les normes de PISA, tandis que l’OCDE considère que le taux catalan de 23,2 % peut biaiser les résultats à la hausse.

(Nuance honnête que nous ne cachons pas : les Asturies perdent aussi du terrain par rapport à 2022 — 26 points de moins en Lecture, 26 de moins en Mathématiques et 11 de moins en Sciences —, si bien que le leadership relatif coexiste avec un véritable déclin absolu. Être en tête de l’Espagne n’équivaut pas à bien s’en sortir en termes propres.)

Pourquoi nous écrivons cela

Nous ne faisons pas cette lecture parce qu’un titre optimiste sur les Asturies nous conviendrait, ni pour rejoindre le catastrophisme générique sur « les jeunes et le téléphone ». Nous la faisons parce que nous croyons que la technologie n’est ni bonne ni mauvaise en soi — l’important est comment, pour quoi et dans quel contexte elle est utilisée ; et une partie de ces différences peut bel et bien être étudiée avec des données.

Ce rapport mentionne par ailleurs une découverte spécifique sur l’usage de l’intelligence artificielle générative qui mérite sa propre analyse — nous ne la mêlons pas ici pour ne pas la diluer. Nous la traiterons dans le prochain article de cette série, avec une nuance que vous n’attendez probablement pas : les données de l’OCDE ne soutiennent pas une règle simple du type « utiliser l’IA = moins bien réussir ».

Si vous ne voulez pas attendre, il existe déjà une analyse indépendante des propres microdonnées de PISA 2025 (pas du rapport officiel, mais du fichier public que publie l’OCDE) qui compare la distraction numérique avec la fréquence d’usage des chatbots d’IA dans les tâches scolaires — avec des résultats qui ne suivent pas le schéma simple que soutient le titre de « une année scolaire » qui a circulé ces derniers jours —: « PISA 2025 : IA et distraction numérique, avec des données », sur labs.tever.es.

Sources