Un musicien qui fait aussi de la recherche
Tever n'est pas seulement un interprète de gaita : c'est un musicien qui
fait de la recherche, enseigne et compose à partir d'une connaissance
approfondie de l'instrument qu'il joue. Cette triple identité — interprète,
chercheur, enseignant — façonne tever.es, un espace qui ne se limite pas à
lister des concerts, mais qui parcourt tout le travail derrière la gaita
asturienne : d'où elle vient, comment elle sonne aujourd'hui, et où elle
peut être menée.
Le site organise ce travail en trois domaines qui se nourrissent
mutuellement : l'interprétation en direct, la recherche
ethnomusicologique sur le patrimoine sonore asturien, et l'enseignement
de la gaita aux nouvelles générations. Aucun n'est accessoire par rapport
aux autres — la recherche informe ce qui est joué, l'enseignement exige de
comprendre ce qu'on transmet depuis ses racines, et l'interprétation est la
mise à l'épreuve pratique de tout cela devant un public.
« Avancer depuis la tradition » : sans être une fusion mondiale
La présentation même de tever.es trace une ligne claire qui mérite d'être
expliquée : le projet ne se définit ni comme « musique du monde » ni comme
« fusion folk », deux étiquettes habituelles pour tout projet travaillant
avec des instruments traditionnels. L'idée qui guide le travail de Tever est
différente : avancer depuis la tradition, sans l'abandonner ni la
diluer dans un genre générique de « world music ».
Cela signifie que le point de départ est toujours le répertoire et la
technique de la gaita asturienne telle que transmise de génération en
génération, et que toute évolution — nouveaux arrangements, nouvelles
combinaisons instrumentales, composition propre — part de cette
connaissance sans la remplacer. C'est une distinction fine mais importante
pour quiconque aborde le projet en attendant une « fusion folk générique » :
ce qu'il trouvera est quelque chose de plus enraciné et, en même temps, de
plus spécifique.
L'arc Atlantique comme cadre de référence
L'un des axes de recherche les plus singuliers de tever.es est la
comparaison de la gaita asturienne avec d'autres traditions de cornemuse de
l'arc Atlantique européen — Galice, Bretagne, Écosse, Irlande, et
d'autres traditions de cornemuse du nord de la péninsule ibérique et des
îles britanniques. Ce n'est pas une comparaison touristique ni décorative :
c'est un véritable travail d'ethnomusicologie qui cherche à comprendre ce
que la gaita asturienne partage avec ses voisines historiques et ce qui la
rend distincte — accordage, doigté, répertoire, contexte social
d'interprétation.
Ce travail comparatif relie tever.es à une tradition plus large d'études sur
la musique de cornemuse européenne, et permet de démonter l'idée simplifiée
selon laquelle « tout se vaut » entre les différentes familles de cornemuse.
Chaque tradition a sa propre logique interne, et cette logique est
précisément ce que Tever étudie et documente.
Le blog : étymologie, construction et fabrication de la gaita
Au-delà de l'agenda des concerts, tever.es tient un blog avec des essais
sur des sujets précis qui apportent une connaissance réelle — pas des
articles génériques de marketing musical. Parmi les sujets abordés :
l'étymologie du mot « gaita » et ses parents lexicaux dans les langues
voisines, la construction physique de l'instrument — outre, chalumeau,
bourdons, anches — et les décisions techniques qu'implique la fabrication
d'une gaita correctement accordée, ainsi que des comparaisons précises avec
d'autres traditions de cornemuse de l'arc Atlantique.
Ce blog remplit une fonction qu'un simple calendrier de concerts ne pourrait
pas : il laisse une trace écrite, documentée et consultable, des
connaissances accumulées par Tever en tant qu'interprète et chercheur.
C'est un contenu qui garde sa valeur des années après sa publication, sans
dépendre de l'actualité d'un concert précis — le type de contenu
« evergreen » qui justifie que tever.es soit davantage qu'une carte de
visite numérique.
Un EP qui est un point de départ, pas une destination finale
« Suañu de Gaita » (2021) est le premier disque de Tever, et tever.es le
présente explicitement comme tel : un point de départ. Ce n'est pas un
album concept fermé, c'est la première pierre d'un parcours artistique
encore en construction — cohérent avec l'approche « avancer depuis la
tradition » qui structure tout le projet : on n'« arrive » pas à un style
figé, on continue de travailler vers l'avant à partir de la base
traditionnelle.
Deux formats de scène : solo et en groupe
Tever propose son travail en direct sous deux formats clairement
différenciés, pensés pour des contextes distincts. Le format solo
convient aux espaces plus intimes ou aux présentations à caractère
pédagogique, où la relation directe avec le public et l'explication de
l'instrument comptent autant que la musique elle-même. Le format en
groupe élargit la proposition sonore pour des concerts de plus grande
envergure, où la gaita s'insère dans un ensemble plus large.
Cette double offre reflète la même triple identité qui structure tout le
projet : un concert solo comporte une forte dimension pédagogique —
expliquer l'instrument, son histoire, sa technique — tandis qu'un concert en
groupe privilégie l'expérience musicale collective. Ce ne sont pas deux
activités distinctes, mais deux façons de présenter le même travail de fond.
Enseignement : la gaita comme métier qui se transmet
L'enseignement n'est pas un à-côté dans le travail de Tever, c'est l'un des
trois piliers déclarés du projet. La gaita asturienne, comme tout
instrument de tradition orale, dépend de la transmission par ceux qui
savent en jouer — il n'existe aucun moyen de maintenir une tradition vivante
sans ce relais générationnel. Cette dimension pédagogique est aussi là où la
recherche ethnomusicologique porte ses fruits les plus directs : il ne
s'agit pas seulement d'enseigner des notes, mais de faire comprendre
l'instrument depuis son contexte historique et technique.
Pourquoi ce reportage
Comme asturianu.org et La Vieya Asturies, tever.es est l'une des trois
entités réelles du catalogue éditorial de Xiringase — un projet qui vit
en dehors du domaine principal mais qui appartient à la même racine
culturelle asturienne. Ce reportage rassemble ce que la carte courte de
la page d'accueil ne peut pas : le contexte complet d'un projet qui est,
à la fois, interprétation musicale, recherche ethnomusicologique et
enseignement — trois domaines qui n'ont de sens complet qu'ensemble.